Pourquoi redire autrement ce que Maurice Roman raconte sur son blog ? Je pense désormais préférable de donner d’autres visions, de choisir d’autres angles d’attaque de son écriture. La commenter peut-être. Ainsi Maurice Roman est tout à fait conscient que son style a quelque chose de daté, que, cherchant une écriture souple, discrète, fluide, ne prenant pas le lecteur en otage, ne se mettant qu’au service du récit qu’elle porte, il écrit comme on écrivait avant-guerre alors que la plupart des jeunes auteurs font de leur écriture une écriture sans transparence, trouvant, dans la résistance de la langue, son être au service seulement d’elle-même. Privilège et drame de l’âge, Il se sait hors circuit. Tout comme les chansons qu’il propose avec obstination, tout chez lui est hors d'âge aussi s'émerveille-t-il tous les jours, de pouvoir, grâce aux réseaux numériques, intervenir encore hors de l'espace de sa chambre. Peut-être est-il davantage pétri de mots qu’il ne le pensait : nous sommes des êtres linguistiques, nos langues nous fondent et nous maintiennent. Dans la solitude presque recluse qu’il s’est choisie, il a cependant besoin de parler et, ses brèves, rares et vides conversations de bistro ne lui suffisent pas. Il n’a alors d’autre oreille complaisante que celle du papier, ou plutôt de l’écran de son ordinateur grâce auquel, grâce à l’avancée stupéfiantes des technologies numériques, il peut s’imaginer que, lançant ses textes comme bouteilles sur l’océan du réseau, ils auront une infime chance d’éveiller des échos dans l’esprit de personnes qu’il sait ne pouvoir jamais rencontrer. Paroles gelées. Rabelais avait déjà imaginé cet océan où les mots, les phrases, oubliés mais conservés éternellement, se réveillent au passage d’improbables voyageurs. C’est donc pour les aventuriers du réseau que Maurice Roman fige ses textes dans la mémoire insaisissable, protéiforme du réseau qui, paraît-il, ne perd et n’oublie jamais rien.

Il écrit, il n’écrit pas, c’est selon.  Seul, sans contact avec le monde du livre qui, même s’il est grandement autiste, permet de rares contacts humains, il soliloque. Aussi ne parvient-il pas à s’imposer cette discipline rigoureuse qui, paraît-il, fait l’écrivain, écrire au moins une page chaque jour, qui mieux est encore, à heure fixe. Il ne cesse donc de se demander pourquoi il écrit… « Le jour n’est pas encore levé, mais les merles ont cessé de siffler, le ciel doit être couvert ce qui retarde un peu les caracoulements des tourterelles; les animaux eux savent avoir cette discipline des rythmes quotidiens que je ne sais pas m’imposer. Je sais que je n'ai plus l'âge de commencer une carrière d'écrivain ou même de trouver un éditeur, d'autant que je n'en cherche aucun. N'ayant jamais voulu d'enfant, je n'ai aucun récit familial à léguer à qui que ce soit et Ronald Cline mon petit neveu, n'a jamais manifesté le moindre intérêt pour la littérature… Pourquoi donc, pour qui, n'étant plus intéressé ni par l'argent (est-ce d'ailleurs une façon d'en gagner?) ni pour la gloire? » dit-il dans une de ses rares confidences. Et ce besoin intérieur qui lui est parfois une joie, se révèle être une souffrance véritable. Devant l’urgence du temps qui passe, dans la solitude qui est la sienne, se posant la question de l’obstinée écriture, c’est celle de la vie qu’il se pose, celle de l’être et de ses raisons d’être. C’est en cela aussi qu’il nous touche plaçant chacun de ses lecteurs face au miroir où, découvrant leurs rides et les évolutions de leur visage, ils se demandent s’il est quelque raison à leur acharnement à vivre. Sans aucun doute sa quête opiniâtre, farouche, entêtée de souvenirs, son obsession de l’oubli et de la mémoire trouvent là leur source : il écrit pour se donner une justification à survivre.