Maurice Roman est mort. Vraisemblablement entre les 6 et 8 septembre. Ses voisins, inquiets de ne pas le voir depuis quelques jours l’ont découvert dans une de ses chambres, sous une de ses couvertures-symboles du rétrécissement progressif de sa vie et qu’il aimait tant au point d’avoir même fini par en faire une œuvre artistique comme l’a révélé le site GreaTopArt. Il a été incinéré hier, mercredi 9, entouré d’une poignée d’amis. Il avait 92 ans et  presque neuf mois d’une vie bien remplie.

Paix à son âme — même si je ne suis pas persuadé qu’il aurait été d’accord avec cette notion — car si sa vie physique s’achève ici, sa vie intellectuelle reste encore bien riche. Comme il l’avait déclaré à ses rares amis, depuis plus d’une dizaine d’année, Maurice Roman avait confié un testament autographe qui attendait dans le bureau de sa maison de Montolieu. Celui-ci instaure son étrange neveu, Ronald Cline, une des rares personnes qu’il fréquentait depuis des années, comme son légataire universel mais, en même temps me désigne comme son légataire « intellectuel » me chargeant de l’ensemble de son œuvre et de tout ce qui s’y rattache. Ma tâche change donc de nature car si, dans la rédaction de ses mémoires, comme dans la mise à disposition du public de ses poèmes, je travaillais jusque là en fonction des envois réguliers qu’il me faisait épisodiquement et tout aussi aléatoirement par mail, je ne pourrais plus désormais travailler qu’à partir du stock de ses écrits divers et des annotations qu’il a tout au long de sa vie dispersées dans les livres de son immense bibliothèque dont il considérait qu’elle faisait partie de son patrimoine littéraire. Je ne sais pas encore comment je vais procéder.

Quoi qu’il en soit mon rapport à son œuvre change radicalement car si, comme je l’expliquais dans ma dernière page, j’avais souvent l’impression qu’il jouait avec ce que j’écrivais, dorénavant ces jeux possibles cessent et je reste seul maître à bord, un peu débordé par l’océan de documents qui submergent l’espace de sa maison. Je vais, dans un premier temps, devoir faire le tri puis, ensuite, élaborer une stratégie de diffusion car je sais que, notamment dans les annotations qu’il ne cessait de porter en marge des ouvrages qu’il lisait, existe tout un territoire de pensée qui gagnerait à être révélé. Faudrait-il que je crée un nouveau blog à ce sujet ?. Comme les lecteurs s’en doutent, j’ai, depuis le début de notre relation, le code d’accès à ses différentes manifestations sur Internet. C’est ainsi que j’ai pu, sur sa propre page Facebook, annoncer son décès. Me reste à décider ce que je vais en faire, utiliser cette page comme des mémoires d’outre-tombe, la laisser en l’état ou la clore… Nos relations depuis plus de dix ans ont été riches en surprises et en profonds échanges au point que j’ai parfois un peu délaissé mon travail d’écriture personnel pour faire connaître celui de Maurice Roman si injustement oublié depuis sa retraite autour des années 1990. Il me semble ainsi que je suis un peu Maurice et que notre entente intellectuelle allait bien au-delà d’une simple amitié. Sa confiance absolue en mon travail, l’abandon actif qu’il a fait depuis près de vingt ans, entre mes mains, de son œuvre passée et de celle qu’il était en train de produire, l’héritage qu’il me confie, tout cela me charge d’une responsabilité dont je connais la lourdeur mais que je certifie essayer de mener au bout le plus honnêtement possible.