02 août 2013

des manuscrits sont pleins de trous

« Prendre un certain plaisir à parler de soi dans le vide, à jeter des mots au vent en espérant simplement, dans ces mots envolés, retrouver quelques sensations passées, parfois même oubliées. Parfois les mots se moquent de moi. Ils sont là, je le sais, je les connais, je les connaissais par leur nom, ils sont prêts à surgir du recoin de mon cerveau où ils se sont cachés, ils ne le veulent pas, me narguent, ne veulent pas venir. Et cette moquerie m’est douloureuse, je ne peux les appeler, j’ai oublié leur nom, espérant les... [Lire la suite]

05 décembre 2012

Preuves du souvenir

Maurice Roman va ainsi passer du temps à rechercher tous les objets, toutes les images qui pourraient lui permettre de recréer ce temps dont il déplore la perte. Y a-t-il dans cette recherche la volonté illusoire de reconstruire cette vie dont il ne cesse de dire qu’elle lui échappe ? Ainsi de quelques souvenirs isolés se posant dans sa mémoire comme des photographies dont il n’aurait pas retrouvé la preuve matérielle mais qui, pourtant, lui semblent indéniables : «Ce souvenir fugitif — il évoque un homme qui lui aurait un... [Lire la suite]
26 novembre 2012

Le temps perdu

Peu sûr de sa mémoire, persuadé que les souvenirs sont souvent reconstruits ou même simplement, plus ou moins involontairement, inventés, Maurice Roman cherche sans cesse des preuves de ce qu’il croit savoir de son passé. Aussi ne résiste-t-il pas au plaisir de décrire quelques photographies retrouvées dans son grenier: «Sur la première de ces photos (Maurice 3 juillet 1923), j’ai donc sept mois. Un gros bébé joufflu, bien potelé, ventre rebondi et plissé, assis, nu, sur un petit fauteuil formé de deux coussins, l’un horizontal,... [Lire la suite]
18 octobre 2012

Pertes de mémoire

Les écrivains ne sont pas des dieux ; ils ne maîtrisent rien de la complexité des écheveaux de vies humaines qui se nouent sans cesse les unes aux autres au point de faire des pelotes de nœuds dont personne ne parvient à démêler les fils. La simplicité naïve du projet — raconter une vie, mettre sa mémoire sur le papier — se heurte rapidement à l’obligation des choix car quel fait a plus d’importance que les autres, quel fait mérite d’être rapporté alors que l’autre ne l’est pas ? Raconter sa vie c’est se mettre en... [Lire la suite]
06 août 2012

Jules Mazel

Maurice Roman ne cesse de se demander pourquoi il écrit. Il n’ignore pas qu’il n'a plus l'âge de commencer une carrière d'écrivain ou même de trouver un éditeur. N'ayant jamais voulu d'enfant, il n'a aucun récit familial à léguer à qui que ce soit et Ronald Cline son petit neveu, n'a jamais manifesté le moindre intérêt pour la littérature… Pourquoi donc, pour qui, n'étant plus intéressé ni par l'argent (est-ce d'ailleurs une façon d'en gagner?) ni pour la gloire? Il est peut-être davantage pétri de mots qu’il ne le pense. Nous sommes... [Lire la suite]
17 juillet 2012

Comment ne pas trahir Maurice Roman

J’ai parfois quelque mal à me retrouver dans les notes que m’envoie Maurice Roman qui mêle, sans distinction, réflexions sur son écriture, récits de sa vie présente et autobiographie. Ainsi ce paragraphe suivant est le produit de quatre de ses notes: «Je me rends bien compte que j’écris comme on écrivait avant-guerre cherchant une écriture souple, discrète, fluide, ne prenant pas le lecteur en otage quand la plupart des jeunes auteurs d’aujourd’hui recherchent le contraire ne mettant l’écriture qu’au service d’elle-même; je la veux... [Lire la suite]

16 juin 2012

La construction de la mémoire

Dans son écrit Maurice Roman ne cesse de bifurquer, dévier, changer de sujet, de thème comme si le récit linéaire lui était insupportable. Il suit le cheminement associatif de sa mémoire et l’on devine à le lire que c’est par le récit que ses souvenirs apparaissent. Alors qu’il croit ne se souvenir de rien, chaque mot du récit qu’il tente, chaque image lui rappelle autre chose comme si sa mémoire, loin d’être un stock d’archives mortes, se construisait au fur et à mesure de ses explorations. Parler d’un livre lui amène ainsi un... [Lire la suite]
06 mai 2012

L'instituteur et le village

Au village, l’instituteur était un dieu laïque. Le père de Maurice Roman étant célibataire représentait ainsi en plus quelque chose comme l’espoir dans un nouveau futur, chaque famille voulait l’avoir à tour de rôle à sa table. J’imagine que, bien qu’il soit venu se ressourcer dans cet espèce d’ermitage de l’éducation que représentait le village si isolé de La Roche, il devait plutôt apprécier de pouvoir, de temps à autre, sortir de son école, maison modeste et assez petite mais dont Maurice Roman écrit qu’elle avait des murs de... [Lire la suite]
18 avril 2012

L'écriture de Maurice Roman

Ce qui caractérise l’écriture de Maurice Roman, ce qui, pour moi, en fait tout l’intérêt, c’est qu’elle est inquiète, incertaine, s’interroge sans cesse sur elle-même. Il dit par exemple « C’est une grande prétention de croire que ma vie peut intéresser qui que ce soit d’autres. Je ne l’ignore pas mais, à l’âge que, en dépit des épreuves et des erreurs, j’ai fini par atteindre, j’éprouve le besoin de faire le point sur toutes ces années passées avec l’illusion naïve que mon expérience peut présenter quelque intérêt. Si nombreux... [Lire la suite]
14 avril 2012

L'instituteur du village

« Je sais tout ce que mon écriture a d’archaïque. Je ne produis en effet pas de « texte », cette négation du rapport des mots au monde, j’écris. Je me rends bien compte que la conception de ce que l'on a tendance à unifier sous le terme vague de littérature a changé. Je ne parle pas des changements intervenus depuis son origine car il n'y a pas grand chose de commun (que pourrait-il y avoir de commun ?) entre l'épopée de Gilgamesh et "Les mémoires d'outre tombe" de Chateaubriand que je parcours depuis ce matin. Non. La... [Lire la suite]