04 février 2013

des souvenirs

«Le souvenir est comme un chien qui se couche où il lui plaît » dit Cees Nooteboom dans Rituels. J’aime cette phrase même si je n’en approuve pas le sens, du moins telle que je la comprends. S’il y a en effet une certaine indépendance du souvenir, la vie n’a vraiment de sens que celle que nous lui donnons, nous portons la responsabilité entière de ce que nous sommes, de ce que nous faisons. Toute ma vie, j’ai essayé de devenir quelqu’un, m’efforçant de produire des choses que je croyais remarquables, je me suis effacé devant... [Lire la suite]

26 août 2012

Mariage des parents de Maurice Roman

La Roche, dit quelque part Maurice Roman, était un village sauvage, isolé par des forêts épaisses, des marais, de vagues pâtures où des masses de granit jouaient le rôle de sentinelle, séparé de plusieurs kilomètres d’autres villages tout aussi frustes et aller à Mende, la ville la plus proche, demandait plusieurs heures de marche ou de charrettes car pour les voitures, il faudrait attendre, d’autant que la route d’accès n’était guère qu’un chemin de terre et de cailloux, presque impraticable en temps de pluie ou de neige. Grâce à... [Lire la suite]
30 juillet 2012

Pratiques religieuses de la famille Mazel

Maurice Roman dit se souvenir d’un fait que son père aimait rapporter à ses amis avec une certaine fierté et qu’il lui aurait souvent rappelé au point qu’il ne savait plus vraiment si c’était un souvenir vrai ou un souvenir construit… Maurice avait six ans, et, alors qu’avec son père il regardait passer une des nombreuses processions catholiques qui encombraient la ville de Mende où ils étaient descendus pour une raison quelconque, il demanda à une dame respectable vêtue de noir qui, par hasard, se trouvait à côté de nous si elle... [Lire la suite]
23 juillet 2012

Maurice Roman et la religion

Maurice Roman évoquera plus tard ce père Boutoul qui joua aussi un rôle particulier dans sa vie. Mais… chaque chose en son temps… La confession de son père telle qu’il la raconta plusieurs fois, fut une vraie comédie complice. Le père Boutoul, désignation burlesque car tous deux, étant presque du même âge, avaient perdu de très longues heures dans l’angoisse, les attentes interminables, englués dans la boue des tranchées du Nord. Aussi n’ignorait-il rien des opinions de libre penseur de Lucien Roman qui, de son côté, ne parvenait pas... [Lire la suite]
17 juillet 2012

Comment ne pas trahir Maurice Roman

J’ai parfois quelque mal à me retrouver dans les notes que m’envoie Maurice Roman qui mêle, sans distinction, réflexions sur son écriture, récits de sa vie présente et autobiographie. Ainsi ce paragraphe suivant est le produit de quatre de ses notes: «Je me rends bien compte que j’écris comme on écrivait avant-guerre cherchant une écriture souple, discrète, fluide, ne prenant pas le lecteur en otage quand la plupart des jeunes auteurs d’aujourd’hui recherchent le contraire ne mettant l’écriture qu’au service d’elle-même; je la veux... [Lire la suite]
10 juillet 2012

Mariage religieux

Lors de quelques unes de ces longues soirées d’hiver où le village semblait étouffé par le silence et la neige, où chaque maison se trouvait résumée dans l’éclairage falot d’une fenêtre, ses parents ont souvent raconté à Maurice Roman les circonstances de leur mariage. Quant au mariage lui-même, en ayant vécu plusieurs autres dans le village, il peut sans peine m’imaginer ce qu’il fut. Né dans une famille modeste à Carmaux, ville minière qui vota la députation à Jean Jaurès, passé par l’École Normale, il dit que son père était... [Lire la suite]

16 juin 2012

La construction de la mémoire

Dans son écrit Maurice Roman ne cesse de bifurquer, dévier, changer de sujet, de thème comme si le récit linéaire lui était insupportable. Il suit le cheminement associatif de sa mémoire et l’on devine à le lire que c’est par le récit que ses souvenirs apparaissent. Alors qu’il croit ne se souvenir de rien, chaque mot du récit qu’il tente, chaque image lui rappelle autre chose comme si sa mémoire, loin d’être un stock d’archives mortes, se construisait au fur et à mesure de ses explorations. Parler d’un livre lui amène ainsi un... [Lire la suite]
07 juin 2012

La découverte de l'amour

Maurice Roman raconte les amours de son père et de sa mère, Lucien et Marguerite. Marguerite Mazel a alors un tout petit peu plus de 19 ans et connaît bien Lucien qui, toutes les trois semaines, le lundi soir, est l’invité de sa famille. Lucien Roman est la coqueluche des rares jeunes filles en âge de se marier du village : jeune, fonctionnaire, instituteur, célibataire, aimant La Roche, rescapé intact de la guerre, toutes lui sourient, tentent de le séduire. Aucune, du moins aux yeux de mon père, n’égale en beauté ma mère. Ce... [Lire la suite]
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15 mai 2012

Marguerite et Lucien Roman

J'ai toujours cru que mes innombrables lectures devaient servir à quelque chose: j'en suis moins sûr. Même pas à vivre… à passer le temps sans aucun doute, mais ne passe-t-il pas assez vite de lui-même ? Pourtant cette vie de Maurice Roman que je rapporte ici me touche et m’importe sans que je comprenne vraiment pourquoi, sans parvenir à discerner si c’est ce personnage de vieillard  — que pourtant je ne connais pas — qui me touche ou ce qu’il dit être sa vie qu’il dit obsessionnelle, l’établissant dans des manies qui la... [Lire la suite]
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06 mai 2012

L'instituteur et le village

Au village, l’instituteur était un dieu laïque. Le père de Maurice Roman étant célibataire représentait ainsi en plus quelque chose comme l’espoir dans un nouveau futur, chaque famille voulait l’avoir à tour de rôle à sa table. J’imagine que, bien qu’il soit venu se ressourcer dans cet espèce d’ermitage de l’éducation que représentait le village si isolé de La Roche, il devait plutôt apprécier de pouvoir, de temps à autre, sortir de son école, maison modeste et assez petite mais dont Maurice Roman écrit qu’elle avait des murs de... [Lire la suite]